Partager l'article ! Le bonheur dans la tourmente (chapitre 1): En sa présence, elle aimait découvrir des endroits insolites, des ...
En sa présence, elle aimait découvrir des endroits insolites, des lieux pittoresques, loin de la foule estivale. Avec lui, elle appréciait les balades où seul leur Amour planait, sans aucun autre tourment que le délicat frémissement des feuilles, le chant serein d'un oiseau, ou encore le murmure lointain et secret d'un cours d'eau invisible. La Nature était en son sein une source d'énergie nécessaire à son équilibre. Elle se nourrissait de sa puissance, y puisant sa force dans les éléments déchainés d'un océan, d'un ciel, s'y abandonnait quand mystérieuse et céleste elle se faisait placide, lui offrant ses splendeurs en toute quiétude. Elle se sentait toujours protégée par ce Dieu à la main imprévisible mais toujours juste et équitable, selon elle. Le jeune Adonis, lui, se plaisait à regarder sa dulcinée dans ces moments de communion intime. Ces instants leurs étaient propres, tel un présent scellé par la main bienfaitrice d'un ange. Il observait, amusé, la jeune femme s'émouvoir à la vue d'une fleur inconnue, d'une jeune pousse, d'un insecte bourdonnant ça et là. Un bonheur et une fraicheur indicibles se lisaient sur des deux êtres enveloppés d'une aura de bien être.
Ces deux quidams étaient-ils de ce monde ? Non, pour l'heure, ils étaient loin, très loin… au-delà de toute réalité terrestre, et à l'instant même où je vous les décris ils sont au creux de leur Olympe, un royaume qu'ils ont bâtis eux-mêmes sans qu'aucun obstacle ne les détourne de leur dessein : S'AIMER. Ils ne se promettaient rien mais se donnaient tout sans concession, ne se parlaient que rarement mais se disaient tout. Pas de limite, pas de frontière, pas de barrière… telle était la règle. Ces deux êtres ne faisaient pas l'amour, ils étaient l'amour. Ensemble et tout à la fois, ils vivaient la douceur, la douleur, le désir, le don de soi, le doute, la dépendance de l'Autre, le défi… Duo féérique aux danses subtiles et éternelles. Il était le prince charmant galopant sur un cheval blanc à la cape de soie pourpre qui hante le rêve de toutes les jeunes filles. Elle était cette princesse au bois dormant qu'il avait captivée d'un amour ardent et brûlant. Leurs cœurs impavides étaient noués d'un padou irisé, à l'attache inextricable. Tous deux poursuivaient leur promenade le pas aérien dans une union parfaite et en symbiose parfaite avec Dame Nature, témoin de leur tendre farniente. La forêt était vaste et touffue. Place était faite à une végétation sauvage et libre. Néanmoins, la main de l'homme bien que discrète était présente et rendait l'accès plus aisé dans des sentiers qui traçaient leurs chemins de toutes parts. Ni l'un ni l'autre ne savaient qui jouissaient de ce lieu, et d'ailleurs n'en avaient cure. Pourtant Natalia fut surprise de la célérité avec laquelle se repérait son ami, et dût reconnaitre que son sens de l'orientation à elle était pitoyable. Elle commença à se sentir lasse, et tâcha se trouver un endroit pour effectuer une halte. D'un commun accord, ils s'adossèrent à un chêne centenaire. L'ombre leur fit le plus grand bien, et ils se laissèrent frôler par son feuillage. La jeune femme posa sa tête sur l'épaule vigoureuse de son amant et plongea dans une demi-torpeur sans plus tarder. Il l'entoura de ses bras protecteurs, lui caressant la chevelure. Il considéra un instant cette innocence préservée malgré les années, et le dur labeur de la vie, et la trouva éperdument belle et attirante. Douceur séraphique d'une jeune femme tant chérie… Tout semblait si simple à ses côtés ! Quintessence adamantine. Soudain, Natalia tressaillit et ouvrir les yeux. Un bruit venait de troubler sa quiétude. Il se rapprochait lentement, sûrement, d’un pas régulier, net mais pas encore discernable. D'un même élan, ils se levèrent. Ils aperçurent un cheval attelé d'une calèche qui se dirigeait droit sur eux. Andréi vint au devant du cocher et en profita certainement pour demander son chemin, pensa Natalia. Puis, l'homme d'un certain âge, le regard inquisiteur, la moue dubitative se détourna et reprit la route au trot. Nos jeunes tourtereaux poursuivirent leur marche. En cette fin d'après-midi l'air devenait étouffant et d'épais nuages commençaient à s'amonceler au dessus du drap de velours opaque de la forêt. Soudain, arrogant, presque effrayant et tout à la fois attrayant, un château étendit ses ailes à la clarté du jour orageux. Cependant, ils n'eurent guère le temps de considérer la splendeur de la bâtisse, car de grosses gouttes perlèrent soudainement au sol. Il leur fallait trouver refuge. Sur sa droite, le jeune homme nota une tonnelle de pierres, sur laquelle grimpaient des rosiers aux parfums perspicaces et lourds. Ils s'y engouffrèrent. Des éclairs jaillirent du ciel, en en quelques secondes Uranus gronda sourdement. Une pluie torrentielle se déversait sur les feuilles, le long des buis se frayant un chemin au sol dès qu'elle le pouvait pour s'échapper en terre avec une célérité opiniâtre. Les roses aux pétales délicats se flétrirent, perdant de leur éclat et ne purent que courber l'échine face à cette colère céleste. Tout devient si éphémère quand les astres s'en mêlent…
Venu d'on ne sait où, le cocher leur apparut brusquement comme envoyé par la Providence. Criant plus que parlant, ce qui n'enleva rien à l'accent impérieux ni ne ternit l'élégance protocolaire de sa voix, il lança :
- Madame la Marquise Niebrowska prie ces gens de bien vouloir venir trouver refuge au château.
Natalia lui sourit de reconnaissance et souple se glissa dans la calèche. Elle ne put apercevoir le sourire de connivence des deux hommes…
Sans un mot ils se laissèrent conduire dans une pièce entièrement plongée dans l'obscurité. L'électricité a dû sauter songea Natalia. Elle chuchota le nom de son fiancé, qui ne lui tenait plus la main.
- Andréi ? Andréi ? Mon Chéri ?
Seul l'écho de son chuchotement lui répondit, puis fit place à un silence de plomb. Elle commença à prendre peur, elle honnissait le soir. "Pourquoi n'y a-t-il pas de lumière ?" demanda t-elle à voix haute. L'écho se fit d'une puissance maléfique la laissant frémissante d'angoisse. Elle tâtonna et s'agrippa à ce qu'elle croyait être le bras de son amant, mais ce fut une chose inerte et glacée qui l'accueillit. Elle étouffa un cri. Enfin, elle aperçut un rai de lumière au sol. S'approchant, elle tâta une poignée, mais à peine eut-elle le temps de préciser son geste que la porte de bois d'ébène se referma, claquant lourdement dans un bruit fanatique et sombre. Une touffe de poils se faufila entre ses jambes tremblantes poussant des miaulements à la stridence diabolique. Elle osa abaisser son regard vers l'animal espérant y trouver réconfort, mais les yeux jaunes métalliques et luisants qui la défiaient achevèrent ses nerfs, et elle s'écroula, inconsciente, paralysée par l'épouvante.
L'inconnu la menaçait…