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« Je t’avais pourtant prévenu ! » vociféra t-il d’une colère non contenue. Ce cri, cette douleur, cette haine… Un coup de téléphone… une visite de quelques heures,
et notre vie fut chamboulée. Allions-nous désormais nous regarder en étrangers ? Non, il ne le voulait pas. Il désirait me garder plus que tout. L’araignée tissait sa toile me serrant dans son
étreinte jusqu’aux limites de la vie. Peut-on mourir d’amour ?
- Oui, c’est moi. Tu me reconnais ?
- Oui, bien sûr. (…) Très bien. A
samedi.
Un ami… un frère… un amour. Un homme qui m’a aimé pour mon plus grand malheur. Il désirait me rencontrer à nouveau. J’acceptai. Toujours aussi séduisant, ses yeux pétillants d’un amour indicible,
immensurable, ce feu ardent qui brûle les chairs, qui consume les âmes… Et puis la faute : inacceptable, impardonnable, ignoble, telle la femme que j’étais devenue à mes propres yeux.
Mon mari : je lui avais dit « oui » pour la vie. Avec lui, je découvrais les joies et les caprices de l’amour, de la vie en couple. Mon quotidien avait retrouvé un certain éclat et ma route
semblait parsemée d’étoiles.
Comme chaque soir après une journée éreintante, nous nous retrouvâmes dans notre « chez nous ». Impatients l’un de l’autre, brûlants de désir, nos étreintes furent néanmoins de courte durée. Il
avait deviné. Il avait compris. Il avait ce don de tout cerner en moi, de tout subodorer. Le moindre sourire, la moindre rougeur ou pâleur sur mon visage et il savait. Une intimité effrayante qui
ne laissait place à aucun secret intérieur, de ces moments qui n’appartiennent qu’à vous.
Fermement, il me saisit les poignets d’une seule main, et me releva avec douceur la tête, m’obligeant ainsi à rencontrer son regard. Un sourire paisible s’étira sur ses lèvres, ses yeux d’une
intense froideur rencontrèrent les miens, apeurés. Sa main gauche effleura avec grâce la joue blême de mon visage. Je parvins à lui décrocher un sourire, essayant d’afficher une certaine
sérénité. Puis, le soufflet m’atteignit en pleine face, me faisant choir au sol, interdite. Comme si de rien n’était, il me laissa plantée là ; et s’éclipsa dans la cuisine. Je le rejoignis,
tremblante. La table dressée, le repas fin prêt n’attendait plus que ses convives ! Nous dégustâmes dans un silence mortuaire les mets toujours aussi fins de cet expert en gastronomie. De temps à
autres, je l’observai, baissant instantanément les yeux sur mon assiette dès que nos regards venaient à se croiser. Comment pouvait-il manger aussi paisiblement ?
- Tu ne sembles pas avoir faim, ma chérie ? Qu’y a t-il ? demanda t-il d’une voix affable et pleine de déférence.
Aucun son ne sortit de ma bouche. Je sentais les larmes monter en moi. Mais laisser ne serait-ce qu’une larme rouler sur ma joue, c’était l’accepter comme témoin de mon opprobre. Non, il ne le
fallait pas !
- Est ce trop te demander que de me répondre ?
Je sentais son regard dardé sur moi. Insoutenable. Me taire, c’était aiguiser sa colère, répondre c’était se risquer. Qu’avais-je à perdre ?
- Non. Tout va bien, fut ma réponse, neutre.
- Tu mens très mal. C’est indéniable !
Et il éclata d’un rire franc à vous glacer le sang pour le restant de vos jours. Je n’eus pas la force de répliquer à un propos aussi sarcastique. La table débarrassée, il décida de s’attaquer à
la vaisselle… S’occuper les mains, c’était se donner de l’assurance. Je profitai de cet instant pour m’échapper dans la chambre. Le répit ne fut guère long. Il me rejoignit en lançant d’une voix
enjouée, impertinente :
- C’était bien au moins ?
Pour toute réponse, je lui accordai un regard interrogateur, puis replongeai mon attention dans la lecture d’un livre. Il alla finir la vaisselle. Je ne pus réprimer un soupir de soulagement.
Avec célérité, j’enfilai une nuisette, et me faufilai sous les draps. Me tournant sur le côté, je me forçai à contrôler ma respiration saccadée, et fermai les yeux. Puis, je sentis sa présence.
D’un seul coup d’un seul, les draps se retrouvèrent éparses au sol, et mon corps retourné d’un geste abrupt. Il était nu. Je frémis. Puis, il s’assit à mes côtés, m’effleura les seins, et relança
d’une voix suave, sensuelle, pleine de commisération :
- C’était bien au moins ?
Cette question me fouetta à nouveau le visage et fit surgir en moi une colère que je ne pouvais plus contenir. Mon visage se durcit et je débitai d’une voix railleuse en affichant un sourire qui
se voulait d’un dédain et d’une irrévérence parfaites.
- Génial !
Ces deux syllabes sifflèrent dans l’air avec une truculente allégresse.
Une étincelle de fureur traversa ses yeux et il m’empoigna les bras me forçant à m’asseoir. Il retint son geste. Il lui fallait trouver autre chose. Me gifler eut été si facile ! Un silence
s’installa entre nous. Il soutenait mon regard dur et froid. Une question me taraudait l’esprit. Tranchant net avec ce mutisme, je lançai :
- Quand vas-tu me quitter ?
Pour toute réponse, il me fit allonger d’un geste sec et intransigeant, puis acheva de faire de moi sa prisonnière, en murmurant au creux de mon oreille un « Tu m’appartiens à vie ! » d’une
douceur sans précédent. (...)
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